- Jan 15, 2026
La rétroaction : un atout en CAA
- L'équipe Ça Dit Ça
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Pourquoi la rétroaction est essentielle
Les recherches de John Hattie, professeur en sciences de l’éducation, montrent que la rétroaction fait partie des pratiques pédagogiques les plus efficaces. Elle signifie littéralement « nourrir en retour ». Et c’est exactement ce que nous faisons lorsque nous répondons à un message produit par un apprenant : nous nourrissons sa compréhension, sa motivation et sa capacité à communiquer la prochaine fois.
La rétroaction lui permet de comprendre trois choses essentielles :
Mes mots ont un effet réel. Quand je dis ouvrir, quelqu’un ouvre mon contenant de compote. Quand je dis aller dehors, on se prépare à sortir.
Je suis compris. Même si mon message n’est pas parfait, quelqu’un me répond.
Je peux ajuster mon message. Si mon mot est trop vague, si mon idée est incomplète, si mon choix n’exprime pas exactement ce que je veux dire… la rétroaction m’aide à préciser mon message.
Répondre exactement à ce que l’apprenant dit
L’un des principes les plus importants mis de l’avant par Carole Zangari dans son article F is for Feedback publié sur le blog PrAACtical AAC est d’une grande simplicité : répondre exactement à ce que l’apprenant dit, même si ce n’est pas ce qu’il voulait dire.
Par exemple, si un élève appuie sur boire alors qu’il voulait manger, on lui donne à boire. Ce geste, qui peut sembler anodin, lui montre que ses mots ont un effet réel. Si on devine à sa place, on brouille l’apprentissage.
Le cerveau a besoin de cohérence pour comprendre : je dis un mot → il se passe quelque chose.
Ce principe fonctionne aussi avec des utilisateurs plus avancés. Si un jeune dit « salon étudiant », on peut répondre : « Oui, le salon étudiant est ouvert. » Puis on attend. Souvent, l’élève précise : « Je veux aller au salon étudiant. » La rétroaction ne complète pas la phrase à sa place : elle l’invite à le faire.
La rétroaction instructive
Certains apprenants découvrent encore comment fonctionne leur outil, comment les mots sont organisés ou comment leurs actions influencent leur environnement. Pour eux, une rétroaction plus explicite est utile.
Exemple : Un élève dit chat en voyant un chien. On peut répondre : « Tu as dit chat. Tu as vu un animal. Celui‑ci, c’est chien. »
Plutôt que de dire « Non, ce n’est pas ça », on reformule pour l’aider à comprendre ce qu’il a voulu exprimer et à faire le lien entre le mot choisi et la réalité.
La rétroaction qui guide
D’autres apprenants ont surtout besoin de savoir s’ils sont sur la bonne voie. Une rétroaction efficace ne se limite pas à dire « bravo ». Elle peut donner une petite information qui aide à améliorer le message.
Un élève pointe aider et soulier : « Bonne idée d’être allé dans le tableau des vêtements pour me demander de t’aider à attacher tes souliers », tout en pointant aussi attacher.
Un autre jeune formule une question sans mot interrogatif : « Une question comporte souvent un mot au fond violet sur ton outil. » (la couleur peut varier selon la charte de couleurs utilisée dans l’outil de CAA de l’utilisateur)
Ces rétroactions soutiennent le développement de la communication sans alourdir l’échange, ce qui est essentiel pour maintenir la motivation et encourager la prise d’initiative.
Le rôle essentiel de la répétition
Afin que les réseaux neuronaux se renforcent et que la communication devienne plus fluide, la répétition est essentielle. Il faut revenir souvent sur les mêmes mots, les mêmes gestes et les mêmes stratégies pour permettre aux personnes utilisatrices de la CAA de consolider progressivement ce qu’elles apprennent.
Répéter les mots. Répéter les modèles. Répéter les rétroactions. Répéter les situations dans différents contextes.
Lorsque l’utilisateur de la CAA apprend à communiquer, il fera inévitablement de petites erreurs de choix de mots ou de formulation. Dans ce contexte, la répétition de la rétroaction négative (corrective), devient d’autant plus essentielle, puisque se corriger demande beaucoup d’énergie. C’est un processus complexe et exigeant : il faut comprendre l’erreur, intégrer l’information et réussir à appliquer la correction de façon plus automatique. Entendre plusieurs fois la même indication aide l’enfant à comprendre précisément ce qu’il doit ajuster et limite la cristallisation d’erreurs. Une rétroaction négative, c’est tout simplement une correction donnée à quelqu’un pour l’aider à s’améliorer. Ce n’est ni une critique ni un reproche.
une utilisatrice de la CAA veut dire qu’elle a déjà mangé et écrit : « Je mange. » La rétroaction négative pourrait être : « Tu as trouvé le bon verbe. Maintenant, comment pourrais‑tu changer ce mot pour montrer que c’est quelque chose qui est déjà arrivé ? Où peux‑tu chercher pour trouver la bonne forme ? »
un autre utilisateur de la CAA raconte sa journée et cherche le mot fatigué. Il ouvre le dossier actions. La rétroaction pourrait être : « Tu as bien pensé à chercher dans les verbes, mais fatigué est un mot qui décrit comment tu te sens. Ces mots sont dans le tableau des sentiments. Tu as bien essayé. Allons voir dans la page des sentiments. »
À l’inverse, une rétroaction positive (« Oui, tu as bien dit ce que tu voulais ! », « Je vois que tu cherches, c’est très bien ! ») est simple à comprendre et facile à retenir. Le cerveau reçoit alors un message clair : « Continue comme ça, tu es dans la bonne direction. »
Il est souhaitable de maintenir un équilibre entre rétroactions positives et négatives, afin de soutenir la motivation tout en guidant l’apprentissage.
Lorsque les rétroactions sont répétées, elles guident l’enfant pas à pas, renforcent les bonnes stratégies et l’aident à développer une communication de plus en plus précise et efficace.
L’impact de la rétroaction
La rétroaction n’est pas un simple commentaire. C’est une façon de nourrir la communication, d’encourager l’exploration, de soutenir la motivation et de guider l’apprenant vers des messages plus clairs et plus complets. Elle peut être brève et spontanée, mais elle doit toujours être cohérente, bienveillante et centrée sur ce que l’apprenant a réellement dit.
En CAA, chaque rétroaction est une occasion de construire le langage. Ce sont souvent ces petits moments nourris en retour qui font naître les plus grands progrès.
Références
Hattie, J. (2009). Visible Learning: A Synthesis of Over 800 Meta-Analyses Relating to Achievement. Routledge.
Zangari, C. (2013). F is for Feedback. PrAACtical AAC. https://praacticalaac.org/praactical/f-is-for-feedback/
Masson, S. (2019). Activer ses neurones : comprendre le cerveau pour mieux enseigner. Éditions Odile Jacob.
Auteures : Julie Paquet (enseignante en adaptation scolaire et sociale) et Floriane Olivier (orthophoniste)