- Jan 26, 2026
Comment encourager la communication face à des comportements d’évitement ?
- L'équipe Ça Dit Ça
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Chez certaines personnes, tout ce qui est perçu comme une demande, même des plus banales, peut générer de l’anxiété et une pression qui engendre des comportements d’évitement.
Parmi les manifestations possibles dont plusieurs sont décrites par Philippe et Contrejean (2018), les enfants ou les jeunes pourraient :
S'excuser : “Désolé, je n’ai pas d’inspiration”, quand on leur propose de dessiner ;
Faire diversion : “J’adore ton collier”, en réponse à une demande ou une question ;
Répondre : “C’est trop dur”, “Je ne sais pas”, quand il faut réfléchir un peu plus ;
Dire “C’était une blague”, lorsque l’enfant n’a pas été compris ;
Répondre “Non” à tout, même lorsqu’il s’agit de prendre part à des activités appréciées ;
Mettre fin à la conversation en faisant tout d’un coup des bruits de bouche, se figer et ne plus répondre du tout, etc.
Dans la littérature, des auteurs du Royaume-Uni et des pays d’Europe du Nord, dont Elisabeth Newson(1980), professeure de psychologie, ont même donné un nom à ce type de profil, souvent observé chez des enfants autistes : le syndrome d’évitement pathologique des demandes (“pathological demande avoidancesyndrome”, PDA).
Notre objectif aujourd’hui n’est pas de parler spécifiquement du PDA, lequel n’est d’ailleurs pas reconnu par le DSM-5, à ce jour. Néanmoins, nous trouvions important de le mentionner dans cet article, car il a fait l'objet deplusieurs publications scientifiques récentes (dont une revue systématique, publiée en 2021) et que vous pourriez en entendre parler, mais aussi parce qu'il nous arrive fréquemment de rencontrer des comportements d’évitement chez les personnes que nous accompagnons.
Comme l’explique Becky Fry, orthophoniste, dans un article sur le site de Smartbox (développeur de l’application Grid, entre autres), il n’est pas étonnant que des personnes pour qui tout ce qui ressemble à une exigence paraît anxiogène ou menaçant réagissent, lorsqu’on leur présente un outil de CAA et qu’on les encourage à “appuyer ici”, “le dire avec la tablette”, etc.
Il est fort possible, avec une telle approche, que la personne refuse de toucher son outil ou que celui-ci finisse par devenir un projectile, et ce, sans nécessairement avoir affaire à un “syndrome pathologique d’évitement de la demande” !
Dans son article, Becky Fry insiste sur les points suivants : “Le succès de la CAA ne doit jamais reposer uniquement sur l’utilisateur, ni sur l’outil et les méthodes d’accès. C’est la manière dont nous présentons la CAA et dont nous l'accompagnons au quotidien qui fait toute la différence.”
Alors, comment créer un environnement propice à la communication, dans lequel les utilisatrices et les utilisateurs de la CAA se sentiront en sécurité et en confiance pour se lancer ?
Modéliser sans attente
L’objectif ultime de toutes nos interventions en CAA est que les utilisatrices et les utilisateurs de la CAA puissent exprimer leurs idées, leurs pensées et leurs sentiments à différents partenaires de communication, et dans différents contextes.
Nous leur enseignons ceci lorsque nous modélisons ce que nous pensons nous-mêmes ou ce que nous ressentons, à l’aide de l’outil de CAA.
Ainsi, nous pouvons modéliser tout au long de la journée :
Nos besoins : « J’ai chaud ! Allumons le ventilateur ! », « Je suis fatigué ! Viens, on va s’assoir un peu! »
Notre appréciation, notre intérêt (ou notre désintérêt) pour quelque chose : « J’aime ça ! », « C’est beau ! », « Je m’ennuie », « C’est long ! »
Nos choix et nos préférences : « Je préfère ça ! », « Je veux ça ! », « Je n’ai pas envie »
Les questions que nous nous posons : « Je me demande qui sonne à la porte ? »
Des expressions pour réagir en conversation ou pour taquiner : « Tu me niaises ! », « Tabarouette !», « Wow ! », « Tannant ! », etc.
Les outils robustes de CAA contiennent toutes sortes de mots, d’expressions, de commentaires, incluant des interjections. Comme le suggère Becky, dans son article, employons-les pour que les utilisatrices et les utilisateurs les découvrent. De cette manière, on leur montre la variété de choses que leur outil peut leur permettre d’exprimer, mais aussi que la communication est vivante et peut être amusante !
En modélisant sans attente, nous ne créons aucune pression sur la personne, qui ne se sent pas obligée de répondre, mais qui bénéficie tout de même d’un modèle, libre de toute anxiété.
Montrer comment dire non
N’hésitons pas au quotidien à mettre des mots sur les choses qui dérangent les utilisatrices et les utilisateurs de la CAA lorsqu’on les détecte, et à agir nous-même comme modèle en nommant nos propres irritants !
Quand quelqu’un est trop près de nous, quand il y a trop de bruit, quand nous n’avons pas envie de faire quelque chose maintenant, modélisons-le sur l’outil de CAA. Il est très utile de prévoir à cette fin une section accessible depuis la page d’accueil de l’outil de CAA contenant des messages préenregistrés en lien avec les inconforts fréquents que la personne peut vivre. De cette manière, elle pourra facilement les trouver et les exprimer, au moment où elle en a besoin.
Il est important qu’elle sache que son outil de CAA peut lui permettre de dire non, de refuser, de repousser quelque chose, de dire : “non merci”, “je n’ai pas envie de parler”, “plus tard”, etc. Et surtout : il est primordial que nous en tenions compte et que nous respections cela, en tant que partenaires de communication !
Partir des intérêts de la personne
Trop souvent, surtout en contexte scolaire, nous oublions le pouvoir du jeu et l’engagement qui en découle. Si la personne n’a aucun intérêt pour les activités qu’on lui présente et qui sont exigeantes cognitivement, de surcroît, comment peut-on s’attendre à ce qu’elle redouble d'efforts pour apprendre, en même temps, à utiliser son outil de CAA ?
Nous devons d’abord faire l’effort de découvrir ce qui plaît à la personne, la rejoindre dans ses intérêts, et ensuite présenter la CAA.
En effet, plus la personne a de l’intérêt, plus elle sera portée à prendre des initiatives, que ce soit dans le jeu, comme dans la communication. Alors nous pourrons rebondir, en modélisant les actions de la personne ou ce que ses comportements semblent exprimer, tout en y répondant.
Becky Fry rapporte l’exemple d’un jeune passionné de LÉGO, pour lequel elle a enregistré les voix des personnages dans l’outil de CAA, en guise de point de départ.
Laissons-nous inspirer par son idée, pour faire en sorte que la CAA devienne le fun, autant pour les personnes que nous accompagnons que pour nous-mêmes, en tant que partenaires de communication !
Des stratégies pour mieux prévenir les comportements d’évitement
Pour terminer, nous vous partageons quelques conseils recueillis sur le site du Réseau d'échange de connaissances sur l'autisme et la déficience intellectuelle AIDE Canada, que nous avons adaptés à la CAA.
Proposer des choix plutôt que des demandes directes.
Plutôt que de dire "Tu dois me demander des blocs pour construire la tour", vous pouvez offrir des options : "Préfères-tu un bloc bleu ou un rouge ?", en activant “BLEU” et “ROUGE”, par exemple.
Modéliser des comportements ou des processus de pensée.
Plutôt que de dire "Tu dois demander les biscuits", modéliser plutôt : « “J’ai envie de manger des biscuits. Je vais en demander à Marie : “je veux un biscuit, s’il-te-plaît” », en activant “VOULOIR” et “BISCUIT”, par exemple.
Créer des situations favorisant les initiatives de la personne.
On pourrait par exemple naviguer vers les sections de l’outil de CAA qui intéressent les utilisatrices ou les utilisateurs, et attendre qu’elles ou ils activent un message, ou les encourager à le faire indirectement. Par exemple, accéder à la catégorie ou un tableau de communication en lien avec une fête que la personne aime, comme Noël ou Halloween, ou encore à son cahier de souvenirs (ou de vie), et dire : “Je me demande si tu as envie qu’on parle de Noël...” ou bien “Je me demande si tu as fait quelque chose de spécial en fin de semaine...”. De cette façon, nous n’imposons rien, et toute tentative de communication de la personne sera bienvenue !
Nous espérons que l’ensemble de ces suggestions vous aidera à encourager la participation des utilisatrices et des utilisateurs de votre entourage pour qui l'intégration des outils de CAA peut parfois être plus anxiogèneou plus difficile !
N’hésitez pas à partager vos bons coups !
Auteures : Floriane Olivier (orthophoniste) et Julie Paquet (enseignante en adaptation scolaire et sociale)
Références :
Philippe, A. et Y. Contejean (2018). Le syndrome d’évitement pathologique des demandes : psychopathie autistique ? Syndrome d’Asperger ? Autisme atypique ? Ou trouble envahissant du développement (TED) spécifique ?, Neuropsychiatrie de l'Enfance et de l'Adolescence, Volume 66, Issue 2, 103-108, https://doi.org/10.1016/j.neurenf.2017.10.005.
Article de blog de Becky Fry, sur le site Smartbox, publié en août 2025 : AAC strategies for demand avoidant communicators
Article sur le site AIDE Canada : L’évitement pathologique des demandes: Ce que c'est et quelques stratégies pour aller de l'avant